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Tiens, je suis tombée sur un article qui m’a foutu un coup. Vous savez, le genre de truc qui te fait réaliser qu’on n’a pas inventé l’eau chaude avec nos combats actuels, mais qu’on patine encore dans la même merde qu’il y a 150 ans.
L’article de The Conversation nous plonge dans les amphis de la fin du XIXe siècle, quand les premières nanas ont osé – OSÉ – franchir les portes de l’université. Et devinez quoi ? Elles n’ont pas vraiment été accueillies avec des fleurs et des hourras.
Le décor : Entre 1860 et 1914, les premières étudiantes débarquent dans des facs 100% masculines. Imaginez la scène. Des rangées de mecs qui se retournent tous en même temps quand UNE fille entre. L’ambiance.
L’accueil : Un joyeux mélange de sarcasme bien lourd, de “camaraderie” condescendante et de remarques sexistes à peine voilées. Les mecs jouaient sur deux tableaux : soit le paternalisme gentillet (“oh la petite étudiante, c’est mignon”), soit la moquerie pure et dure. Parce qu’une femme qui vient étudier la médecine ou le droit, forcément, c’est contre nature, hein.
Les journaux étudiants de l’époque regorgent de blagues douteuses sur ces “bas-bleus” (ouais, c’était leur terme charmant pour les intellectuelles). On leur reprochait de négliger leur “véritable nature féminine”, de vouloir singer les hommes, bref, de pas rester à leur place.
Et le pire ? Ces pionnières devaient non seulement être EXCELLENTES (parce qu’une note moyenne, c’était la preuve que les femmes étaient trop connes pour étudier), mais aussi rester “féminines” (comprendre : pas trop la ramener, sourire, être agréable). La barre était juste à une hauteur stratosphérique.
Bon, on ne va pas se mentir : mes filles ne se font plus huer en entrant en amphi. Progrès. Bravo. Champagne.
SAUF QUE.
Allez, je vous balance quelques réalités bien crues :
Les filières “prestigieuses” restent des boys clubs. Les écoles d’ingénieurs ? 28% de filles en moyenne. Les prépas scientifiques ? Pareil. Les facs de sciences dures ? On frôle les 30% dans le meilleur des cas. Par contre, en lettres, en psycho, en sciences de l’éduc ? Là, bizarrement, c’est 70-80% de nanas. Comme si on avait encore des “métiers de filles” et des “métiers de garçons”.
Le manque de modèles féminins. Quand ma fille ouvre son bouquin de physique ou d’informatique, elle voit combien de femmes ? Pratiquement aucune. Les profs ? Majoritairement des hommes, surtout dans le supérieur. Les chercheurs cités ? Des mecs. Les prix Nobel ? Vous connaissez la blague. Comment voulez-vous qu’elles se projettent quand elles ne VOIENT personne qui leur ressemble ?
L’ambiance qui reste pourrie. Mes copines qui ont des filles en école d’ingé me racontent : les remarques sexistes “pour rire”, les blagues lourdes, le sentiment de devoir en faire deux fois plus pour être prise au sérieux. Une pote m’a raconté que sa fille, en prépa maths, était la seule fille de sa classe. Le prof l’appelait “notre mascotte”. EN 2026, LES GENS.
Le syndrome de l’imposteur. Les études le montrent : les filles excellent à l’école, mais dès qu’on arrive dans le supérieur, elles doutent davantage de leurs capacités que les garçons. Elles s’autocensurent, elles n’osent pas postuler aux meilleures écoles, elles minimisent leurs réussites. Pendant ce temps, Kevin avec son 11 de moyenne postule tranquille à Polytechnique parce que “pourquoi pas”.
Même diplôme, même poste : 15% de salaire en moins en moyenne pour les femmes. Les postes à responsabilité ? Toujours majoritairement masculins. Le nombre de femmes PDG dans les grandes entreprises ? On peut les compter sur les doigts d’une main.
Sans parler de la charge mentale qui démarre dès les premières années de vie active : jongler entre carrière et pression sociale du “tu vas faire des enfants quand ?”, “tu travailles trop, pense à ta famille”, et j’en passe.
Ce qui me tue dans cette histoire, c’est qu’on a l’IMPRESSION que tout va mieux. Parce qu’oui, mes filles peuvent étudier ce qu’elles veulent, légalement. Parce qu’on a des lois sur la parité. Parce qu’on parle de féminisme sur Instagram.
Mais concrètement ? Les mécanismes sont toujours là, juste mieux cachés. On ne dit plus “les femmes sont trop bêtes pour étudier”, on dit “c’est pas vraiment un métier pour les filles”. On ne les empêche plus d’entrer en amphi, mais on leur fait sentir qu’elles ne sont pas à leur place.
Et ça, ça me fout en rogne. Parce que je vois mes filles, brillantes, curieuses, capables de tout. Et je sais qu’elles vont devoir se battre contre des barrières invisibles que leurs copains garçons ne verront même pas.
On arrête de se dire que “c’est déjà pas mal” et “c’était pire avant”. Ouais, c’était pire. Et alors ? Ça nous empêche pas d’exiger mieux MAINTENANT.
On parle à nos filles. On leur montre des femmes scientifiques, ingénieures, chercheuses. On leur dit qu’elles ont leur place PARTOUT.
On reste vigilantes. Sur les remarques sexistes, même “pour rire”. Sur les stéréotypes dans les jouets, les livres, les dessins animés.
Et surtout, on gueule. Quand nos filles nous racontent qu’elles se sentent illégitimes, qu’un prof les a découragées, qu’elles ont subi des remarques déplacées. On gueule et on soutient.
Parce que bordel, nos arrière-grands-mères se sont battues pour qu’on ait le droit d’étudier. La moindre des choses, c’est de se battre pour que nos filles puissent le faire dans de vraies conditions d’égalité.
Et pour la planète ? Ben la planète a besoin de TOUS les cerveaux disponibles pour qu’on survive aux prochaines décennies. Alors on peut vraiment plus se permettre de gâcher 50% du potentiel humain parce que “les filles c’est pas fait pour les maths”.
Voilà. Je retourne surveiller les devoirs de mes mômes. Et vous pouvez être sûrs que je vais continuer à leur répéter qu’elles peuvent devenir ce qu’elles veulent. Même si ça doit me faire passer pour une mère relou.
Bisous énervés.
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