Alors, de quoi ça parle ? Le film nous plonge dans l’Amérique d’aujourd’hui, une Amérique violente, paranoïaque, dirigée par des suprémacistes blancs en costard cravate. On y suit Pat Calhoun, dit « Ghetto Pat » (un Leonardo DiCaprio hallucinant de vulnérabilité), ancien membre d’un groupe révolutionnaire, les French 75. Il vit planqué avec sa fille adolescente, Willa, dans une ville sanctuaire. Leur passé les rattrape quand un colonel psychopathe, Steven J. Lockjaw (Sean Penn, glaçant), se met à leur trace.
Le scénario, signé Anderson, est un tour de force. C’est librement adapté d’un roman de Pynchon, mais c’est surtout un miroir tendu à notre époque. On y voit la brutalité policière, les centres de détention ICE (Immigration and Customs Enforcement), la résistance qui s’organise, et une jeunesse qui refuse de se taire. Ce n’est pas un film politique au sens ennuyeux du terme, c’est un film enragé, porté par une mise en scène virtuose qui alterme entre comédie noire, action nerveuse et moments d’une tendresse déchirante. Jonny Greenwood, à la musique, pose une ambiance oppressante et magnifique, comme toujours.
Parlons du casting, parce qu’il est monstrueux. DiCaprio, en père toxico et surprotecteur, est méconnaissable. Il incarne cette génération qui a lutté, qui a échoué, et qui transmet maladroitement le flambeau. Face à lui, Sean Penn compose un méchant inoubliable : un lâche, un violeur, un suprémaciste qui utilise l’État pour assouvir ses pulsions. Et puis il y a les femmes. Teyana Taylor est incandescente en mère révolutionnaire, prête à tout sacrifier. Mais la vraie révélation, c’est la jeune Chase Infiniti dans le rôle de Willa. C’est par ses yeux qu’on voit l’horreur, et c’est par sa rage qu’on renaît. Quand elle prend les armes pour se défendre contre les nervis du régime, j’avais envie de me lever et de l’applaudir.
Et c’est là que le film devient génial. Parce que Une bataille après l’autre ne nous vend pas du rêve. Il ne dit pas que tout va bien, que l’Amérique va se réveiller et que l’amour vaincra. Non. Il montre la réalité crasseuse, la trahison, la peur. Mais il montre aussi la dissidence réelle. Il montre des gens ordinaires qui ouvrent des tunnels pour faire passer des migrants, des religieuses qui cachent des fugitifs, des gamins qui se battent. L’exemple de l’ICE, l’agence d’immigration, est criant dans le film : Lockjaw l’utilise pour traquer sa propre fille métisse, pour effacer les traces de son passé. C’est une métaphore puissante de ce que l’administration Trump a représenté : une machine à broyer les plus faibles pour protéger les privilèges des puissants.
Mais la résistance existe. Elle est là, dans les rues, incarnée par cette jeune Willa qui, à la fin du film, au lieu de se terrer, choisit d’aller rejoindre une manif’. Le message est clair : la lutte est permanente. C’est une bataille après l’autre, et on n’est pas au bout de nos peines. Mais ce film nous rappelle qu’on a le droit de se battre, qu’on a des raisons de le faire, et qu’on n’est pas seuls.
Alors oui, en tant que maman, je sors de la salle lessivée, mais pas vaincue. Ce film est un cri de guerre. Il est pour nous, pour nos enfants, pour cette Amérique qui ne baisse pas les yeux. Allez le voir. Parlez-en autour de vous. Et surtout, rappelez-vous ce titre : Une bataille après l’autre. Parce qu’on en a encore beaucoup devant nous.
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