Société

Vous avez aimé CartofaF ? Découvrez la carte des municipales — et ce qu’elle dit de nos villes

À 15 jours du premier tour des municipales, StreetPress publie deux cartes qui font peur — dans le bon sens du terme. Peur, parce qu’elles montrent la réalité. Utiles, parce qu’elles permettent de se battre. Voici comment les lire, et pourquoi vous devez le faire maintenant.

CartofaF, vous connaissez. Maintenant, voilà la suite logique.

CartofaF, c’était la carte des groupuscules d’extrême droite radicale actifs en France — plus de 320 sections locales recensées, disponibles en accès libre. Une gifle de données. Une façon de voir que ce n’est pas loin, que ce n’est pas exceptionnel, que c’est là, dans votre quartier, votre ville, votre département.

StreetPress continue la démarche. Cette fois, le terrain de jeu, c’est les municipales du 15 et 22 mars 2026. Et le média publie non pas une, mais deux cartes complémentaires. L’une vous dit où l’extrême droite peut gagner. L’autre vous montre qui se cache dans ses listes. Ensemble, elles forment un outil de vigilance citoyenne que je vous demande de consulter, de partager, et de prendre au sérieux.

Carte 1 — Le « fachoscore » : votre commune peut-elle basculer ?

Accès direct : municipales.streetpress.com

Cette cartographie interactive a été construite par Alessio Motta, docteur en sciences politiques à l’université Paris I et fondateur de mobilisations.org — un site salué pour la qualité de ses projections lors des législatives de 2024. Il a travaillé pendant plusieurs mois, en croisant quinze années d’historiques électoraux à toutes les échelles — municipales, législatives, européennes — avec des modèles de report de voix propres au scrutin local.

Pourquoi c’est difficile ? Parce que les municipales ne fonctionnent pas comme les législatives. Les électeurs votent aussi pour ou contre le maire sortant, pas seulement selon leur camp politique. Un électorat d’extrême droite peut très bien voter pour un candidat socialiste bien ancré localement — et inversement. Motta a intégré tous ces paramètres dans ses modèles pour produire des scores de risque commune par commune.

Le résultat s’affiche sous la forme d’un système à cinq niveaux — de A (risque faible) à E (risque extrême) — directement inspiré du NutriScore, pour que les données soient lisibles par tous, pas seulement par les politologues.

CE QUE LA CARTE RÉVÈLE

L’extrême droite ne gère que 13 communes de plus de 9 000 habitants en France (dont Perpignan, la seule grande ville). Mais le RN et ses alliés ciottistes ont investi plus de 540 têtes de liste pour ces municipales. 52 communes parmi les 500 les plus peuplées présentent un risque « significatif » (score D ou E). Les zones les plus exposées : le pourtour méditerranéen (Bouches-du-Rhône, Var, Alpes-Maritimes), le Nord-Pas-de-Calais minier, certaines communes du Gard.

Villes citées explicitement à risque élevé : Toulon, Nice, Nîmes, Calais, Lens, Allauch, Fos-sur-Mer, Les Pennes-Mirabeau, Roquebrune-sur-Argens, Puget-sur-Argens, Menton.

Ce qui m’a frappée en lisant les analyses de StreetPress : le RN a, dans les grandes métropoles, atteint un plafond. Ses vraies cibles en 2026, ce sont les villes moyennes et les couronnes périurbaines — là où l’ancrage territorial est plus récent, où les sortants sont plus fragiles, où les reports de voix sont plus imprévisibles. Exactement les villes où vivent des millions de familles ordinaires qui ne se pensent pas « en danger ».

Carte 2 — Les « brebis galeuses » : qui se cache dans les listes RN ?

Accès direct : municipales.streetpress.com/?brebis-galeuses

La deuxième carte est un travail d’enquête collectif d’une ampleur rare. StreetPress a coordonné une veille avec Mediapart, Les Jours, Libération, Conspiracy Watch et Le Monde pour recenser les candidats RN et alliés dont le passé pose de sérieux problèmes.

Le bilan au 6 mars 2026 : 170 « brebis galeuses » identifiées sur des listes RN et UDR (le parti d’Éric Ciotti). Leur point commun : un passé documenté dans des groupes radicaux, des propos racistes, antisémites ou homophobes publics, des liens avec des néonazis, ou des appels à la violence.

170 candidats problématiques. Sur 540+ listes investies. C’est presque un candidat sur trois. Et Bardella ose encore promettre qu’il « fait le ménage ».

Un exemple parmi d’autres : à Concarneau (Finistère), le candidat Christian Perez a comparé l’équipe de France de football à des « clandestins » sur Facebook, et a participé à des forums aux côtés de négationnistes notoires comme Vincent Reynouard. Le RN ne lui a pas donné l’investiture officielle — mais ne présente aucune liste adverse. Il se revendique toujours adhérent RN. C’est ça, « faire le ménage » ?

À Grenoble, la tête de liste Valentin Gabriac affiche une image lisse. StreetPress a documenté ses liens avec des milieux complotistes et radicaux. À Nice, Toulon, dans le Var — partout, des gens dont on n’aurait jamais voulu les voir représenter une commune se présentent sous des couleurs presque normalisées.

La démarche : du journalisme pour outiller les citoyens, pas pour faire peur

Ce qui distingue ce travail de StreetPress de la simple alarmisme, c’est son intention clairement assumée : il ne s’agit pas de désespérer, mais d’outiller. Alessio Motta le dit explicitement — son objectif était de « proposer un outil d’utilité publique aux acteurs du camp progressiste ».

La carte est en accès libre. Elle est mise à jour en temps réel jusqu’à la fin du deuxième tour. Elle est accompagnée d’une section « s’engager » pour trouver des associations locales, des formations gratuites proposées aux citoyens qui veulent comprendre et agir, et d’une enquête participative pour signaler des informations sur les candidats dans sa commune.

Le financement est transparent : fonds propres de StreetPress, soutiens de fondations, et dons des lecteurs. Pas d’actionnaire. Pas de groupe de presse. Un média indépendant qui fait un travail que les grandes rédactions ne font pas — ou pas assez.

Ce que ça veut dire pour nos gosses — et pour nos villes

Je pense aux villes où le RN a déjà gagné. Hayange, en Moselle, où le maire Fabien Engelmann organise chaque année une « fête du cochon » — une provocation raciste à peine déguisée. Béziers, où Robert Ménard multiplie les sorties islamophobes depuis des années. Ce n’est pas de la politique locale anecdotique. Ce sont des enfants qui grandissent dans des villes où le racisme est la politique officielle.

Les municipalités, c’est concret. C’est l’école de vos enfants. Le centre social du quartier. La bibliothèque. La politique culturelle. L’accueil des étrangers. Les associations subventionnées — ou liquidées. Quand l’extrême droite prend une mairie, elle ne fait pas que planter un drapeau. Elle change la vie des gens, à commencer par les plus vulnérables.

Et les enfants de ces villes, ils grandissent avec ça. Avec le message que leur ville a choisi d’envoyer. Que certains d’entre eux comptent moins que d’autres. Que la haine est une option politique respectable.

Ce qu’on fait maintenant. Concrètement.

On consulte la carte : municipales.streetpress.com — on tape le nom de sa commune, on regarde le score de risque.

On vérifie les listes candidates dans sa ville. On cherche les noms dans la carte des brebis galeuses. On partage les informations.

On parle autour de soi. Les élections municipales se jouent dans les cafés, les associations de parents d’élèves, les cours d’immeuble. La mobilisation se fait à ras du sol.

On soutient StreetPress si on peut. Un média qui fait ce travail sans actionnaire ni groupe de presse, c’est rare. Ça mérite d’exister : soutenir.streetpress.com/municipales

Les élections municipales ont toujours été décevantes pour le RN — 13 villes en 2020, zéro grande métropole. Mais 2026, c’est différent. 123 députés à l’Assemblée. Des alliances avec l’UDR de Ciotti. Un ancrage territorial qui se construit depuis des années, discrètement, dans des villes où personne ne regardait.

On a 15 jours. Les cartes de StreetPress sont là. L’information est là. Ce qui manque, c’est la mobilisation. Et ça, c’est notre responsabilité — à nous, parents, citoyens, voisins.

AngryMum

SOURCES

Carte du risque ED aux municipales : municipales.streetpress.com (StreetPress / Alessio Motta, Dr en sciences politiques, Paris I / mobilisations.org)

Carte des brebis galeuses (170 candidats) : municipales.streetpress.com/?brebis-galeuses — enquête collective StreetPress (Aurélien Defer, Christophe-Cécil Garnier, Daphné Deschamps, Mathieu Molard), 5 mars 2026

Co-enquêteurs sur les brebis galeuses : Mediapart, Les Jours, Libération, Conspiracy Watch (municipales2026.conspiracywatch.info), Le Monde

Analyse de la démarche : Hélène Seingier-Barros, Socialter, 27 février 2026 — interview d’Alessio Motta

Villes à risque détaillées : StreetPress, « Ces dix villes qui pourraient basculer à l’extrême droite », septembre 2025

CartofaF (référence) : cartofaf.streetpress.com — carte des 320+ groupuscules d’extrême droite radicale actifs en France

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Angry Mum, maman active, maman geek et toujours à l'écoute d'Internet... Elle adore les vacances mais pas toujours les vacances scolaires ! Blogueuse depuis 2013. S'abonner à Angry Mum sur Google News

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