Ecole

Mouvement lycéen : ce que nos enfants crient et que les médias refusent d’entendre

Il faut que je vous raconte. Depuis des semaines, je regarde les infos sur le mouvement lycéen avec une boule au ventilateur — pardon, au ventre. Mon fils est au lycée. Ma fille approche de Parcoursup. Et chaque soir, les mêmes images, les mêmes mots : « casseurs », « manipulés », « violences », « LFI derrière tout ça ». Chaque soir, le même amalgame qui mélange dans le même sac des gamins qui manifestent pour des conditions d’étude correctes et quelques centaines de casseurs qu’on ne peut ni justifier ni excuser.

Alors j’ai fait ce que je fais toujours quand les médias m’énervent à ce point : j’ai été lire autre chose. Et je suis tombée sur un entretien de Romain Huët, sociologue et ethnographe, publié par The Conversation. Et là, franchement ? J’ai eu l’impression qu’on parlait enfin de MES enfants. De VOS enfants.

Ce que ce sociologue m’a fait comprendre

1. Nos enfants ne sont pas des pions manipulés, ils sont « saturés »

Parler de jeunes « manipulés », dit Romain Huët, c’est de l’âgisme, ni plus ni moins. C’est dire qu’ils ne seraient pas capables de penser par eux-mêmes. Mais qui, mieux qu’eux, connaît leurs conditions d’existence au lycée ? Les classes surchargées, les profs absents non remplacés, les emplois du temps épuisants, les bâtiments délabrés ? Et surtout : cette « saturation psychique » d’une jeunesse constamment mise sous pression par les plateformes de sélection, de Parcoursup à Mon Master.

On leur demande, à 14 ans, de définir un projet d’avenir professionnel précis dans un monde profondément incertain. Et après ça, on s’étonne qu’ils craquent ? Nous, on a eu droit à des rateaux à la fac et on s’en souvient encore. Eux, ils ont un algorithme qui les trie comme des œufs, dès la seconde.

2. Ce n’est pas juste une liste de revendications

C’est peut-être ça, le plus important dans ce qu’il dit : oui, il y a des demandes matérielles (des moyens, des recrutements, des bâtiments réparés), et elles sont légitimes. Mais il y a plus profond : un rejet du « monde d’hier », un système qui « ne suscite plus beaucoup de désir chez les jeunes, entre crise écologique et guerres à l’horizon ». Une envie de « renverser la table », de rejouer Mai-68 ou les gilets jaunes.

Ça ne veut pas dire que nos ados ont un programme révolutionnaire dans leur sac à dos. Ça veut dire qu’ils nous interpellent très frontalement, nous, les adultes, sur le monde qu’on leur laisse. Et ça, moi, en tant que mère, ça me touche bien plus qu’une manif.

3. L’amalgame médiatique est un rideau de fumée

Huët le dit crûment : à chaque mouvement social, on ressort les mêmes interprétations toutes faites « pour ne surtout pas observer ce qui est en train de se passer ». On dénonce la violence supposée des manifestants en la mettant en symétrie avec les violences policières — qui « n’ont pas la même intensité, ne produisent pas les mêmes dégâts ». On isole quelques débordements pour éviter LA question : que traduisent ces mobilisations, même désordonnées ?

Citer Hannah Arendt, comme il le fait, m’a fait réfléchir : se priver de la perspective du lycéen qui raconte ce qu’il vit, c’est se priver de la compréhension d’une partie du monde. Nos enfants manifestent peut-être tout simplement pour prendre une parole qu’on ne leur donne pas.

4. La réponse du gouvernement me glace

Des « temps de discussion à l’école » et une plateforme en ligne ? Vraiment ? Huët parle d’un « espace de parole » avec un « but thérapeutique », comme si on irait mieux une fois qu’on aurait raconté sa doléance. Sa phrase est un uppercut : « Dans la vie démocratique, il ne suffit pas de parler ou d’être écouté. Il faut encore que la parole produise des conséquences. »

Et ce détail qui me hérisse en tant que maman : l’école « ne soigne pas très bien » — très peu de psychologues, d’infirmiers scolaires. Et ce sont précisément les lycéens qui pointent ce sous-encadrement. Nos gamins demandent du soutien psychologique et on leur répond avec du dispositif de communication.

5. Cette joie qu’ils ont à manifester devrait nous alerter

Huët a observé chez les jeunes une joie d’aller manifester, qui « accuse la pauvreté de ces journées qui se répètent ». Lisez bien cette phrase. Nos enfants sont heureux d’interrompre leur quotidien — c’est-à-dire que leur quotidien d’élève, très probablement, ne présente pas grand-chose qui les fait vibrer. Ils réclament une vie scolaire plus bienveillante, plus collective. Moi, ce genre de constat, ça me réveille la nuit plus que n’importe quel blocus.

Alors, on fait quoi, nous, les parents ?

Je ne vous dis pas d’adhérer à tout, ni de cautionner les violences — personne sérieux ne les cautionne, et le gouvernement lui-même demande de distinguer les revendications des lycéens et les actes de violence de certains rassemblements. Mais je vous demande, comme je me le demande à moi-même :

  1. Écouter vraiment. Le soir, au dîner, demander ce qu’ils vivent, sans juger, sans « de mon temps… ». Leurs plaintes sont « lucides » et « légitimes », dit le sociologue.
  2. Refuser les amalgames. Un lycéen qui bloque ≠ un casseur. Un jeune en colère ≠ un militant encarté. Exiger des médias qu’ils trient, eux aussi.
  3. Faire remonter. Dans les conseils de vie lycéenne, les associations de parents, les rendez-vous avec le proviseur : que la parole de nos enfants produise des conséquences, pas juste des séances de sketchs.
  4. Se souvenir qu’on leur laisse quoi. Crise écologique, guerres, précarité, algorithme du tri social. Le mouvement des lycéens n’est pas qu’une crise lycéenne, c’est notre miroir.

Mon constat de maman en colère

Le sociologue termine par une phrase qui reste : « Notre société ne pourra plus se rapporter à la jeunesse comme elle avait l’habitude de le faire. » Historiquement, dit-il, quelque chose d’irréversible est en train de se passer, et il faut affronter la situation sociale « beaucoup plus directement qu’en attendant simplement que ça passe ».

Moi, ce que j’entends derrière, c’est : nos enfants ont arrêté de faire semblant. Ils ne jouent plus le jeu du « travaille bien, tout ira bien ». Ils nous disent en face que le contrat est cassé. On peut leur coller des interpellations, des plateformes de doléances et des discours sur la sécurité. Ou on peut enfin les écouter — vraiment, avec conséquences à la clé.

Moi, j’ai choisi mon camp : celui de mes enfants. Pas celui du « monde d’hier » (sauf pour les recettes de grand-mère et les Sunday family lunches).

Et vous, vous en pensez quoi ? Racontez-moi en commentaire : vos enfants vous parlent de ce mouvement ? Vous aussi, vous trouvez qu’on les mélange un peu vite tous dans le même sac ?


Sources et pour aller plus loin :

Publié le 22 octobre 2026

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