
« Spending the Kids’ Inheritance », ou l’art de partir en vacances avec l’argent de tes enfants
Tu connaissais le Karma Sutra du retraité pimpant ? Bienvenue dans la nouvelle discipline olympique de la génération boomer : le Ski-ing. Non, ce n’est pas un sport d’hiver, enfin si, littéralement, mais pas que. C’est l’acronyme chic de « Spending the Kids’ Inheritance » — dépenser l’héritage des enfants. En clair : pourquoi laisser un chèque à tes rejetons quand tu peux t’offrir un circuit aux Maldives et un safari au Kenya ?
Le petit cadeau de Fortune : les milléniaux et la génération Z attendaient un « grand transfert de richesse » de 124 000 milliards de dollars. Le seul transfert qui s’annonce, c’est celui des boomers vers les agences de voyage. (Fortune)
Les chiffres qui font mal (aux enfants, évidemment)
Accroche-toi, c’est festive :
- 82 % des plus de 65 ans britanniques ont pris des vacances dans les 12 derniers mois, +5 points en deux ans (données Abta). Pendant ce temps, les moins de 35 ans comptent leurs RTT et leurs économies de fin de mois.
- Un parent britannique sur sept assume officiellement privilégier son plaisir immédiat — croisières, city breaks, spas — à l’héritage de sa descendance (Standard Life).
- Aux États-Unis, une étude Northwestern Mutual de 2024 lâche le morceau : seulement 22 % des boomers prévoient de laisser un héritage, et plus de la moitié l’excluent délibérément. À peine 11 % citent « laisser quelque chose aux enfants » comme objectif financier prioritaire.
Il y a même une philosophie derrière ça, tiens : « mourir à zéro ». L’idée de vider son compte en banque avant de rendre l’âme, pour partir sans un centime au fisc et sans un euro aux enfants. C’est touchant. Presque une déclaration d’amour.
Pourquoi eux et pas nous ? L’injustice en trois actes
Le patron d’Abta résume le tableau sans rougir : cette génération « est plus en forme qu’avant, la maison est remboursée, la pension tombe, et elle est littéralement gorgée de cash ». En face, l’Institute for Fiscal Studies confirme que le revenu disponible des retraités britanniques ne cesse d’augmenter, pendant que les jeunes générations encaissent l’inflation, les loyers stratosphériques et des carrières en contrat courts.
Près de la moitié des plus de 65 ans déclarent d’ailleurs que le coût de la vie n’a « aucun impact » sur leurs projets de vacances. Aucun. Pendant que tu compares le prix des pâtes, Papa négocie une troisième excursion en Islande.
Et l’argument massue, celui qui fâche : « De toute façon, si je ne le dépense pas, ça ira aux impôts. » Ah oui, le percepteur. Toujours mieux que tes enfants, visiblement. On préfère flamber en croisière plutôt que de voir le fisc chiper un euro. Logique. Implacable. Familiale.
La facture finale d’une génération qui n’a jamais lâché rien
Parce que soyons honnêtes deux minutes, le Ski-ing n’est que la version festive d’un tableau plus général. Récapitulons l’héritage global des baby-boomers, le vrai :
- Une surconsommation érigée en mode de vie, du jet privé au cruise géant ;
- Un réchauffement climatique qu’on nous demande gentiment de réparer en triant nos déchets ;
- Des marchés immobiliers ingurgités en immobilier locatif, revisités à la tête du client ;
- Et pour couronner le tout : un testament avec un joli billet d’avion à la place du chèque.
Ils ont eu l’immobilier pas cher, les carrières stables, les retraites confortables et la croissance à 5 %. Et leur conclusion, après un tel parcours, c’est : « On ne vous doit rien, on va au ski. » Le pire ? Ils ont raison sur un point : c’est leur argent. Le fisc, lui non plus, n’ira pas se plaindre.
La douche froide des héritiers pressés
Le plus savoureux (ironiquement) dans cette affaire, c’est le désamour comptable des descendants. Près de 60 % des milléniaux et plus de la moitié des Gen Z comptaient littéralement sur cet héritage pour financer leur propre retraite. Tu rêves : une génération qui espérait se rattraper sur la mort de ses parents comme sur un plan d’épargne à terme.
Résultat : double peine. Ils hériteront d’un climat disloqué et d’un compte courant à zéro, avec en prime un Emoji « bonne vacance 🌴 » reçu par SMS depuis un Club Med. Moralité : cessez de compter sur un héritage. Le seul Ski-ing qui restera, c’est celui de la pente financière dans laquelle on vous laisse, avec un bonhomme de neige en guise de testament.
Source principale : Fortune — « Retired boomers are ‘spending their kids’ inheritance’ to go on vacation » (Orianna Rosa Royle, 22 octobre 2026).